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Sciences & société

Les facteurs qui influencent le développement de l’agriculture au Brésil

Les principaux facteurs physiques qui affectent l’agriculture au Brésil sont le climat tropical et le sol de la terra rossa pour la culture du café.
Les facteurs humains qui influencent l’agriculture sont l’accès à de grands marchés du Mercosur (zone de libre-échange sud-américaine) et d’autres marchés plus importants à l’étranger, comme par exemple la Chine.

Le Brésil est un pays immense

Le climat tropical confère aux zones côtières du sud-est et de l’Atlantique de hautes températures tout au long de l’année. (28 – 32 degrés). Les niveaux de précipitations sont modérés et la pluie tombe toute au long de l’année (1000 – 2000 mm par an) et le gel est rare.

Canne à sucre, café, soja…

Ce climat est idéal pour la croissance de produits agricoles tels que la canne à sucre, le soja, la production de grains, de café et du bois dur. La canne à sucre pousse bien par temps chaud et humide. Des conditions que l’on retrouve au Brésil et qui permettent donc de récolter de la canne pour fabriquer de l’éthanol. Un biocarburant pour alimenter voitures, bus et camions. Le Brésil est le premier producteur mondial d’éthanol.
Comme pour le sucre, les principales régions productrices de café se trouvent dans les États du Sud-Est et la production de café emploie 10 millions de personnes. Comme le sucre, la production de café nécessite des températures élevées et beaucoup de pluie.
De plus, il nécessite également des sols fertiles connus sous le nom de terra rossa.
Le sol de la terra rossa est riche en humus (beaucoup de nutriments) et est un sol de couleur rouge bien drainé adapté à la production de café.
Le café est cultivé dans les hauts plateaux brésiliens où la haute altitude réduit les chances de parasites ou maladies. Il existe un certain nombre de zones de culture du café, chacune avec c’est son propre type de café. La production de café est en expansion et de nouvelles zones sont plantés de caféiers. Ces zones sont en train d’être “débarrassées” du cerrado.
Cette végétation de plantes épineuses par des machines, labourées et plantées de caféiers.
Le Brésil est le premier producteur de café dans le monde, produisant 33% de la production mondiale de café et contrôle les prix mondiaux du café. Le café brésilien est exporté vers
le monde, en particulier vers l’Union Européenne, les États-Unis et le Mercosur.

Alimentation animale et biocarburant

Le climat tropical est également propice à la production de graines de soja, qui sont utilisés dans l’alimentation animale dans le monde entier. Le Brésil est le 2ème plus grand producteur de soja et cette culture est une exportation majeure vers l’UE, les États-Unis et la Chine et d’autres pays Sud-américains. Les fermes de soja sont généralement très grandes (milliers d’hectares) et très mécanisées. À mesure que la demande de soja augmente, de plus en plus de terres sont défrichées…Le cerrado et les forêts sont défrichés pour faire place aux fermes.

raoni brésil

Une déforestation inquiétante pour les petits paysans

Le Brésil est également le premier producteur mondial de bœuf et la production de bœuf est à très grande échelle. Une ferme bovine brésilienne contient au minimum
600 têtes de bétail et les fermes s’étendent sur des milliers d’hectares. Une grande partie des Brésiliens mangent du bœuf. Il est donc largement consommé au Brésil, mais les exportations de bœuf augmentent rapidement.
Actuellement, le bœuf brésilien est interdit dans l’UE en raison de craintes concernant la traçabilité des aliments (le système d’identification des animaux au Brésil n’est pas aussi bon que dans l’UE) et l’utilisation d’antibiotiques.
De plus, certains s’inquiètent de l’impact environnemental de l’élevage intensif de bétail au Brésil alors que la forêt tropicale est défrichée pour faire place aux fermes. En plus de la viande bovine, le Brésil est également un gros producteur de tabac et d’oranges, tous deux nécessitent des températures élevées et des pluies abondantes.

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La Coupe du monde de football du Qatar utilisera un stade « démontable »

Il s’agit du stade 974, considéré comme le tout premier stade de la Coupe du monde de football à pouvoir être démonté puis remonté n’importe où dans le monde.

Il a été construit et financé par le Qatar, pays hôte de la Coupe du monde de cette année .

Il s’appelle 974 car le numéro est l’indicatif international du Qatar (+974), ainsi que le nombre exact de conteneurs maritimes utilisés dans la construction du stade.

Le concept du stade a été conçu par Fenwick Iribarren Architects , basé dans la capitale espagnole Madrid.

Le concept de durabilité est au cœur du stade, déclare Mark Fenwick, l’un des partenaires du cabinet d’architectes :

« Nous avons vraiment senti qu’il n’était pas vraiment nécessaire pour le Qatar d’avoir ce huitième stade après la Coupe du monde », dit-il.

« Nous avons donc décidé d’adopter une stratégie très radicale, qui consistait à voir si nous pouvions réellement concevoir le stade qui soit non seulement démontable, mais aussi transportable, et remontable dans un autre pays, soit comme un stade complet, ou sous forme de pièces différentes qui pourraient être assemblées en un nombre variable de bâtiments sportifs. »

L’argument de la durabilité a cependant été contesté. Certains soutiennent que le Qatar obtiendrait plus d’avantages environnementaux si les unités de climatisation vitales du stade et d’autres services publics étaient alimentés par des énergies renouvelables plutôt que par des combustibles fossiles.

Le stade a une capacité de 40 000 spectateurs et est construit selon une conception modulaire, en utilisant des conteneurs maritimes recyclés.

Une simplicité déconcertante

Fenwick croit que l’ingéniosité réside dans sa simplicité

« Fondamentalement, ce que nous avons fait, c’est que nous avions une structure, nous avons placé les conteneurs d’expédition sur cette structure, où ils sont nécessaires à différents niveaux, puis nous avons simplement plug and play, c’est-à-dire les brancher à l’électricité ou à tout autre service public, et le stade fonctionne dans cette idée, je pense, très spectaculaire et unique », dit-il.

« Le Qatar possède le tout premier stade démontable et remontable de l’histoire mondiale du football. »

Le stade 974 devrait être démantelé après la Coupe du monde de football 2022, qui devrait débuter au Qatar le 21 novembre et se terminer le 18 décembre.

Le tournoi se déroule généralement vers juin et juillet, mais la chaleur extrême dans le pays au cours de ces mois a conduit à ce qu’il se déroule en hiver

Bien que le stade soit démantelé, Fenwick pense qu’il existe une opportunité pour un héritage durable :

« C’est l’accomplissement ultime de l’héritage, qui est essentiellement que le stade sera démantelé, placé dans des conteneurs d’expédition et emportés sur un navire, et ils peuvent être emmenés dans un autre pays et remontés et ce qui serait fantastique, personnellement, c’est que ce stade soit utilisé pour la prochaine Coupe du monde, et que le stade serait alors à un autre endroit, de l’autre côté de l’océan, dans une autre Coupe du monde », dit-il.

Reste à voir si cela se concrétisera.

Le Qatar a déclaré que le stade serait offert aux pays sous-développés qui souhaitent l’utiliser.

Le stade a été testé lors de la Coupe du monde arabe de la FIFA que le Qatar a accueillie en novembre-décembre l’année dernière.

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Sciences & société

Quelle place pour les blogs dans la vulgarisation scientifique?

On a traditionnellement considéré la vulgarisation comme un exercice réservé à quelques journaux

Ces journaux sont souvent la seule interface entre la “communauté scientifique” (ceux qui produisent les résultats) et la “société civile” (le monde entier moins les précédents, pour faire simple). A tel point que quand on en vient à parler de “revues scientifiques”, avant Nature, Science, les PNAS ou autres, les gens citent La Recherche, Pour la Science, et consorts. La profusion de ces journaux fait qu’on peut se poser une question simple: a t’on besoin d’autres moyens de vulgarisation? Et plus prosaïquement, les blogs sont-ils un support de communication à la fois efficace et différent des solutions “papier”?

Il est évident que je fais un odieux raccourci en assimilant l’ensemble de l’activité de vulgarisation à la parution de certains périodiques.

D’autres médias existent, mais qui sont à mon avis d’un impact plus limité.

Une rapide revue semblant s’imposer, je vais m’y livrer sans plus tarder.

Un mot avant de commencer, toutefois. J’en reparlerai au cours de ce billet, mais une petite clarification n’est pas inutile. Par “vulgarisation”, j’entend ici une transmission “rapide” des informations produites par les scientifiques à la société civile. Autrement dit, pas la rédaction d’un livre qui présente l’ensemble des connaissances sur un sujet donné, mais bien une activité de type “journalistique”: un suivi au plus près de l’actualité, avec mise en contexte.

Puisque ce billet à comme toile de fond la comparaison des solutions papier et numérique, l’utilisation de technologies internet, pourquoi ne pas commencer par les podcasts? Plusieurs grandes figures de la scène scientifique internationale (le Nature Publishing Group, l’AAAS, et le magazine anglophone de vulgarisation Scientific American entre autres) ont lancé les leurs. Anglais obligatoire le plus souvent (je n’ai pas d’exemple immédiat de podcast scientifique “de grande envergure” en français, en tout cas). Bien que d’une qualité “à toute épreuve”, ces podcasts sont relativement peu accessibles, si ce n’est à un public “étudiant” (universitaire).

Confession : J’ai un problème avec le podcasting

Quelque chose d’instinctif. Je n’aime pas ça. L’habitude d’utiliser du papier (de l’écrit, si vous préférez) pour mes activités scientifiques, sans doute. Mais plus important encore, j’ai du mal à me concentrer longtemps sur une voix sans visage. La voix seule a sur moi un effet hypnotique. Après en avoir parlé autour de moi, j’ai été forcé d’admettre que mon cas n’était pas une généralité, sans toutefois être une exception. Les podcasts semblent séduire à l’occasion, mais peu de personnes s’avouent prêtes à en écouter régulièrement. J’aime autant aller à une conférence.

Les conférences, justement, parlons-en. Rien que je n’aime autant que prendre des notes dans mon gros carnet à spirales, dans la demi-obscurité d’un amphi aux sièges en mousse, bercé par le ronronnement de l’orateur qui nous parle de… et voilà que je m’égare. Est-ce un bon support de communication scientifique? A mon avis, oui, surtout pour faire de la vulgarisation. Le côté visuel, “humain”, beaucoup plus amène que le papier ou la simple voix, aide beaucoup (les chercheurs sont des gens comme les autres. Ou pas…).

La possibilité d’interaction entre celui qui parle et ceux qui écoutent est grande, et les discussions qui s’en suivent sont souvent aussi intéressantes et riches que la conférence elle-même.

Il n’empêche que c’est assez difficile à mettre en place. Se tenir à suivre un cycle de conférences sur un sujet (à part quand la motivation est du type “c’est obligatoire sinon pas d’ECTS”, me fait-on remarquer à l’autre bout du téléphone, oui, je partage mes opinions en même temps que j’écris) est relativement difficile. Sans compter que l’organisation n’est pas forcément évidente non plus: il faut trouver des intervenants, et autres problèmes du genre.

Le videocasting (est-ce un mot?), une solution idéale ?

L’ENS a mis en ligne des vidéos de conférences, et je dois avouer que le principe m’a beaucoup plu. A quand, vous demande-je, une version en vidéo des séances de l’Académie des Sciences? A garder, donc, comme un à-côté intéressant, mais pas forcément adapté pour un suivi “régulier” de l’actualité. Le seul problème est qu’à moins d’un support suffisamment bien conçu, on perd la possibilité d’interagir.

Un mot sur les émissions de télévision. Je pense très honnêtement qu’il s’agit, en dehors de chaînes “un peu spécialisées”, de la pire des solutions. Entre des journalistes de Canal + prêts à tout pour imposer leurs vues anti-OGM, des reportages de e=M6 qui chantent fréquemment les louanges de l’industrie agro-alimentaire (un message clair, les produits en conserve sont meilleurs que les produits frais, et autres joyeusetés du genre), en s’appuyant sur des arguments scientifiques, qui sont souvent des cas d’école de sophismes divers (les plus fréquents étant bien sûr l’argument d’autorité et le faux dilemme), il me semble qu’on est plus proches d’une communication de nature propagandiste et d’une “science-spectacle” que d’une réelle volonté de communication impartiale et porteuse d’informations. Si les journalistes qui produisent ce genre de documents n’ont pas de problème avec leur conscience, tant mieux pour eux (et tant pis pour ceux qui y croient). Mon quart d’heure throw away your television prend fin ici-même.

Je fais une parenthèse pour parler des livres consacrés à la vulgarisation, à la simplification de la science. Ils ne font pas partie du même procédé que la communication sur une base régulière. Que ce soit sous forme de livres “techniques” (Biology de Campbell & Reece, qui contient les “bases” dans beaucoup de domaines des sciences de la vie) ou d’essais (prenez par exemple les livres de Jean-Marie Pelt ou encore Stephen Jay-Gould). Ces livres sont plus des “aide-mémoire” qu’autre chose, on les garde à portée de main en cas de besoin, on les annote pour tenir compte d’informations plus récentes, mais on ne se sent pas plus informé sur l’actualité après les avoir refermés.

C’est donc dans le cadre d’un suivi “non ponctuel” de la science que je conçois l’activité de communication scientifique. Pourquoi? Parce que la “critique” la plus fréquemment émise à l’encontre de la communauté scientifique est que sa productivité est très faible. Puisqu’on n’en parle jamais, c’est que rien n’avance. Certes, la recherche avance à son rythme, mais les résultats existent, et c’est faute de médiatisation qu’ils ne sont pas connus hors du domaine.

Pourquoi? Parce qu’un “résultat” brut n’est pas toujours, à première vue, d’un intérêt flagrant. Annoncer qu’on maîtrise la structure d’une glycoprotéine d’enveloppe d’un virus comme EBV, grâce aux travaux de Gerda Szakonyi et de ses collaborateurs, parus dans Nature Structural & Molecular Biology en 2006, au milieu d’un public de non-biologistes, c’est s’assurer d’un beau flop. Croyez moi j’ai essayé. Et pourtant.

L’intérêt est tout autre quand on annonce que c’est grâce à cette protéine (je pense à la GP350) que se fait l’entrée du virus dans la cellule, première phase de l’infection, pouvant conduire à des lymphomes. Tout résultat est potentiellement intéressant dès le moment ou il est mis en valeur.

Donc, la communication scientifique efficace, c’est une mise en avant “régulière” de résultats, en présentant les retombées qu’ils peuvent entraîner.

Soit. Vous allez me dire que c’est ce que font les journaux grand public. C’est vrai. Mais la “version papier” à quelques limitations qui me semblent de plus en plus importantes.

En premier lieu, une limitation physique, liée au nombre maximum de pages dans un numéro. Le nombre de sujets qu’on peut aborder est nécessairement limité. Ce qui conduit à faire des choix, et à évincer certains sujets “annexes” (d’une importance moins grande) qui auraient malgré tout mérité qu’on en discute.

La discussion, venons-y, et ce sera mon second point, est ce qui me semble la plus grande faiblesse de la communication “sur le papier”. Sur un blog, un forum, un site, etc…, via le système de commentaires, il est facile de réagir à un sujet, d’y apporter des nuances, de faire part de remarques, de mettre en lumière des erreurs factuelles imprécisions sur la forme.

Pour faire la même chose avec un journal papier, il faut passer par le courrier des lecteurs. D’après mon expérience, il n’y à guère que La Recherche qui réponde (de manière très complète et rapide, qui plus est, d’où une très agréable surprise). Dans le meilleur des cas, les remarques sont disponibles le mois suivant (pour l’ensemble du lectorat, bien sûr), et la discussion immédiate.

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Actu

La nature n’est pas (si) cruelle

Ce qui est génial quand on travaille avec de la matière vivante (même quand ce “travail” consiste à s’affaler dans un canapé pour regarder National Geographic pour vaincre ses insomnies chroniques), c’est que les possibilités d’être étonné sont nombreuses. D’ailleurs, récemment, je suis tombé sur un comportement assez intéressant: un phénomène d’adoption chez des laridés (comme les mouettes).

Ne vous faites pas de faux espoirs, ce billet n’apportera pas de vraies informations sur le sujet. C’est juste pour en parler rapidement, avant des choses plus conséquentes.

Chez ces laridés (dans le reportage en question, il devait s’agir de Larus canus, le goéland cendré), les oeufs éclosent de manière tout à fait particulière. Deux poussins en deux heures, puis un troisième beaucoup plus tard. Ce dernier étant désavantagé, il choisit en général de quitter le nid, et d’en rejoindre un autre.

D’ou plusieurs questions: l’arrivée d’un nouveau poussin représente un coût net pour les parents, et un désavantage pour leurs poussins. On pourrait imaginer qu’ils chassent l’”envahisseur”. Il n’en est rien. On peut entrer dans un raisonnement de type “le coût de la chasse surpasse le coût d’entretien”, assez classique, mais j’ai quand même du mal à y croire.

Pour qu’un comportement se généralise à ce point (et d’ailleurs, est-il inné?), il faut bien que les chances d’être acceptées soient assez grandes, d’ou peut-être l’hypothèse que le couple adoptif en retire des avantages. Mais lesquels?

On peut aussi imaginer que les goélands sont  aussi stupides que leurs ramiges, et qu’ils soient incapables de faire la différence entre leurs petits et ceux des autres. D’ailleurs, est-ce qu’il n’y à pas des phénomènes de “compatibilité” qui entrent en jeu, comme par exemple des motifs du plumage.

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Biologie

D’une simple mutation à une épidémie ?

Point épidémique à la Réunion, 16 février 2006.

Données Ministère de la Santé.Parmi les différentes maladies émergentes qui devraient nous préoccuper en ce moment, le chikungunya (CHIKV pour les scientifiques, chik’ pour les autres) est assez bien placé. Cet arbovirus (Arthropode borne virus, virus porté par des arthropodes) est responsable d’une épidémie hyper-médiatisée en 2005-2006 à la Réunion, ainsi que d’un épisode épidémique (nettement moins couvert, lui) en italie. L’épidémie est retombée (1 cas confirmé sur 15 soupçonnés à la Réunion en Novembre 2007), mais la surveillance continue.

L’épidémie de la Réunion a atteint 266000 cas humains, associés à un mutant de la souche LR2006 OPY1 (La Réunion 2006, code OPY1, probablement une indication de lieu de prélèvement) répondant au doux nom de E1-A226V. Ceux qui parlent le virologiste (ou le généticien) couramment auront reconnu une mutation du gène codant la protéine d’enveloppe E1, à la position 226, ou l’alanine devient une valine. Pour éviter de perdre trop de lecteurs, on va aller back to basics.

Et on va commencer par un peu d’épidémiologie

Le chik’ est une maladie vectorielle, ou plutôt, l’agent pathogène a un mode de transmission vectoriel. Qu’est-ce à dire? Chik’ est un virus, qui pour aller rejoindre son hôte définitif, passe par un vecteur, le moustique Aedes (sp. albopictus ou aegypti, et d’autres probablement). Avant que vous ne soyez infectés, il faut donc que des particules virales passent dans un vecteur (le moustique), qu’elles y fassent un petit tour dans différents organes, avant d’arriver au niveaux des glandes salivaires, et de passer à l’homme pendant le repas de sang du moustique.

Une fois dans votre organisme, un virus doit passer par différentes phases pour exprimer son génome. Une des plus précoces est de se coller à une de vos cellules puis d’y rentrer, et c’est en partie à cela que sert la protéine de surface E1. Toutes ces étapes dépendent de beaucoup de paramètres, notamment la conformation des protéines d’adhésion, et conditionnent le succès des infestations, et donc le déclenchement de l’épidémie.

Une équipe de l’université du Texas, dirigée par Stephen Higgs, a décidé de s’intéresser à l’influence du variant E1-A226V sur l’épidémie. Leurs résultats paraissent dans le PLoS Pathogens d’aujourd’hui, ce qui me donne l’occasion de refaire un peu de blogging on peer-reviewed research…

Le variant a des effets différents sur les deux vecteurs, que nous appellerons albo et aegy (parce qu’écrire A. albopictus et A. aegypti, c’est long). Chez albo, on assiste à une augmentation de l’infectivité, et de la transmission (fréquence de piqûre). Chez aegy, en revanche, le parcours du virus est rendu plus difficile.

Alors, le rapport avec l’épidémie me demanderez vous? J’y viens. Pour des raisons qui tiennent de l’écologie, albo est plus présent que aegy à la Réunion (mais pas que). Voilà, le moustique qui assure le meilleur succès à son virus est le plus présent. Tout est réuni pour une épidémie, et même plus.

Albo est présent en Europe et en Amérique. Il existe donc un risque de voir chik’ devenir endémique (endémo-épidémique doit être plus exact) dans ces régions, comme il l’est actuellement en Asie. On en rajoute une couche? L’épidémie de 2005 2006 était une première dans l’histoire du chik’. Le vecteur qui a causé le plus de transmissions était, non plus aegy, mais albo…

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Biologie

Un écosystème sain est-il riche en parasites?

Introduction & problématique


À l’exception de la première étude historique de Robert Payne dans les années 1940, le rôle des parasites dans le fonctionnement de l’écosystème a longtemps été exclu de la recherche en écologie. Bien que représentant, selon les estimations, près de 50% de la diversité spécifique, leur faible contribution à la biomasse a souvent conduit les écologistes à les négliger. On assiste cependant depuis une vingtaine d’années à un renversement de la tendance, et leur rôle fondamental dans de nombreux processus ecosystèmatiques — structure des communautés, topologie des réseaux trophiques, ecosystem engineering, dynamique des populations — est maintenant reconnu. Peut-on alors, avec Hudson et coll. (2006), aller jusqu’à postuler qu’un écosystème sain est celui qui est riche en parasites ?

Dans cette synthèse, j’ai choisi d’illustrer cette question fondamentale par deux aspects : l’importance des parasites pour la biologie de la conservation, ici évaluée via une approche expérimentale de l’effet de parasites sur des hôtes non-habituels, et le rôle différent des parasites spécialistes et généralistes dans la structuration des communautés et la biodiversité.

Poser la question de la relation entre parasitisme et santé de l’écosystème demande de définir le concept de santé à l’échelle d’un écosystème. La définition habituelle de la santé d’un individu, fixée par l’OMS en 1946, n’est pas transposable à un écosystème. Il s’agit en effet d’un ensemble complexe comprenant des éléments biotiques — individus, communautés, populations — et abiotiques — matières inorganiques, biotope — en interaction. De ces interactions résultent les services écosystématiques. Sa santé représente donc plus qu’un somme de la santé de chacun des individus.

Suite aux travaux de Robert Costanza et Michael Mageau notamment, on retient trois critères permettant l’évaluation de la santé globale d’un écosystème : (1) l’organisation, (2) la vigueur 3, et (3) la résilience 4 . Ces trois paramètres garantissent que le système en question atteint le maximum de son espérance de vie (et qu’il n’est pas atteint par le distress syndrome, ensemble de processus irréversibles conduisant à son effondrement précoce).

Adaptation locale et biologie de la conservation


L’hypothèse selon laquelle les parasites infestant des hôtes qu’ils n’ont jamais rencontré (non-habituels, pour lesquels il n’y a pas eu d’adaptation locale) sont plus virulents que sur leurs hôtes endémiques, est largement répandue. Ce fait est susceptible d’avoir des répercussions pour la biologie de la conservation, notamment lors d’actions de repeuplement.

Sasal et coll. (2000) ont tenté une vérification expérimentale de ce postulat, en prélevant des digènes (Labratrema minimus Stossich 1887) et en infestant différentes lignées européennes de Gobie commun (Pomatoschistus microps Krøyer 1838) : la lignée sur laquelle les parasites ont été prélevés, deux lignées infestées par L. minimus de souches différentes, et une lignée vivant dans une zone ou L. minimus est endémique, mais non infestée.

Contrairement à ce qu’on attendait selon le paradigme énoncé précédemment, Sasal et coll. n’ont pas pu mettre en évidence d’effet histologique plus important des parasites sur les lignées d’hôtes avec lesquelles ils n’ont pas coévolué. Cette absence de dommages importants aux hôtes non habituels ne signifie pas une absence d’effets sub-létaux, comme Sasal et coll. le rappellent : “Lack of evidence of serious harm to their hosts by introduced parasite species […] merely underlines the limitations of our knowledge on the subject”.

Il convient de comparer ce résultat avec celui plus récent de Seppälä et coll. (2007), dans lequel l’impact du parasitisme (plérocercoides de Schistocephalus cotti) sur une population de chabot commun (Cottus gobio L.) introduite est étudié. On montre que les plérocercoides ont un effet important sur C. gobio, avec notamment un arrêt du développement des gonades. Les S. cotti représentent une proportion importante du poids des hôtes, indiquant que les dommages sur un nouvel hôte doivent être évalués avec attention pour chaque système, et qu’il est peut-être plus difficile qu’il ne semble d’inférer des grandes tendances avec des résultats expérimentaux aussi peu nombreux et contradictoires.

Le parasitisme comme régulateur de la biodiversité


On appelle compétition apparente l’arbitrage de la compétition directe entre deux espèces par un ennemi commun (figure 1). Les parasites généralistes sont susceptibles de prendre part à l’arbitrage dans une compétition, ce qui a des répercussions pour la structure de la communauté et la biodiversité. Hudson & Greenman (1998) rapportent qu’il est possible d’aboutir à l’exclusion d’un hôte en présence d’une nouvelle espèce hôte (sur un système insectes-parasitoïde). La compétition apparente s’accompagne la plupart du temps de différents taux de transmission d’une espèce hôte à l’autre, ce qu’Haldane avait pressenti dès 1949 : “a non specific parasite is a powerful competitive weapon”. Les parasites généralistes sont donc susceptibles de réduire la biodiversité, en favorisant les espèces qui les supportent le mieux.

Les parasites spécialistes ont un effet différent. Suite à leurs travaux réalisés dans les années 1970, sur la biodiversité des forêts tropicales, Daniel Janzen et Joseph Connell ont avancé l’hypothèse que les exploiteurs spécialistes (dans leur cas des herbivores) pouvaient agir comme drivers de la biodiversité. Le postulat de ce modèle est que les parasites ont un plus grand succès si leurs hôtes ont une densité importante. Une stratégie de protection des hôtes consiste a se disperser pour minimiser l’impact du parasite. Cette stratégie mise en évidence chez les plantes trouve un équivalent dans le système bactérioplancton-bactériophages (“killing the winner”).

Maintenant que le monde entier porte un masque buccal. On se rend compte de l’importance des équipements de protection individuel (EPI) à l’hôpital et dans l’industrie alimentaire.

Dans le cas des parasites, les bonnets chirurgicaux, les charlottes ou les calots sont des protections importantes de l’équipement des travailleurs exposés. Les cheveux peuvent en effet facilement transporter des parasites. Les coiffes servent donc à prévenir la contamination par des micro-organismes provenant des cheveux ou du cuir chevelu. Il est en conséquence important qu’un bonnet chirurgical soit enfilé au dernier moment et couvre entièrement les cheveux.

Conclusion : un écosystème sain est-il riche en parasites ?


Sur la base des informations que l’on trouve à travers la littérature, et des quelques éléments que j’ai tenté d’apporter dans cette synthèse, on peut répondre à la question de Hudson et coll. de manière positive. Quelques nuances, cependant, doivent être apportées. Le rôle du parasitisme dans la capacité de résilience n’est que peu étudié. On peut éventuellement considérer que les dommages plus importants subis par les hôtes non endémiques (Seppälä et coll. 2007) sont un mécanisme de “protection”. D’autre part, les effets différents des parasites spécialistes et généralistes sur la biodiversité et la structure des communautés vont permettre l’organisation de l’écosystème, et contribuer à sa santé.

Il semble raisonnable de conclure qu’aussi paradoxal que cela puisse paraître, “there is increasing evidence that a healthy ecosystem is an infected ecosystem”, comme le concluaient Hudson et coll.. Il faut toutefois ne pas surestimer l’impact du parasitisme dans les processus écosystèmatiques. Si le peu de considération qu’il a reçu de la part des écologistes jusqu’à ces 15 ou 20 dernières années n’a plus la moindre raison d’être, il semble important de prendre en compte les effets conjoints de facteurs environnementaux, qui interfèrent avec l’action des parasites, ce qui implique de concevoir des protocoles expérimentaux robustes pour étudier des phénomènes complexes.

Il semble maintenant important d’avoir une vision transversale de l’effet du parasitisme dans le fonctionnement des écosystèmes : non plus simplement en étudiant son impact à travers mécanismes, mais dans la globalité. En plus de l’effort de modélisation, une approche expérimentale paraît indispensable, notamment en utilisant les espaces protégés (donc a priori sains) que constituent les réserves naturelles.

Figure : Compétition apparente entre deux taxons hôtes d’un même parasite. Les parasites généralistes modifient la structure des communautés et leur biodiversité.


Références


Hudson, P. & Greenman, J. (1998), ‘Competition mediated by parasites : Biological and theoretical progress’, Trends Ecol Evol 13(10), 387.

Hudson, P. J., Dobson, A. P. & Lafferty, K. D. (2006), ‘Is a healthy ecosystem one that is rich in parasites ?’, Trends Ecol Evol 21(7), 381–385.

Sasal, P., Durand, P., Faliex, E. & Morand, S. (2000), ‘Experimental approach to the importance of parasitism in biological conservation’, Mar Ecol Prog Ser 198, 293–302.

Seppälä, T., Chubb, J. C., Niemelä, E. & Valtonen, E. T. (2007), ‘Introduced bullheads Cottus gobio and infection with plerocercoids of Schistocephalus cotti in the Utsjoki, an Arctic river in Finland’, J Fish Biol 70, 1865–1876.

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Bonne année!

L’avantage du billet du 1er janvier, c’est qu’on a pas besoin de chercher le titre longtemps. Et après avoir courageusement combattu un virus particulièrement sournois (la semaine dernière), et testé le mélange château Ychem / Smecta, c’est tant mieux.

Quelques mots sur la récente inactivité de ce blog : ma petite bande passante ne suffit plus à absorber vos passages ici même, et mon hébergeur, dans un grand élan de solidarité, a décidé de tout couper. Et je n’avais pas franchement le temps de racheter un hébergement plus conséquent. Je m’en occupe après le 7 janvier, pour l’instant c’est un peu The Final Countdown jusqu’au dernier oral.

J’avoue que j’aurais bien eu un peu de temps, entre deux digestions ou dégustations de génépi (j’avais oublié que c’était aussi bon!), mais voilà, le gros bonhomme en rouge de chez Coca a déposé quelques livres au pied du sapin, qui méritaient une lecture attentive de ma part.

Déjà, pas très Xmas spirit, le remarquable livre Notre Combat, de Linda Ellia (qui lui consacre un blog). Et oui, ça m’a plombé le moral autant que ce genre de projet peut le faire… A lire (à regarder, surtout).

Et puis bon, on ne se refait pas, il y avait un livre un peu plus proche de mes occupations habituelles. Un petit livre vert, paru chez Seuil (coll. Science ouverte), et écrit par Jean Deustch. Avec un titre qui m’a fait tomber raide dingue du bouquin dès le premier regard : Le vers qui prenant l’escargot comme taxi — et autres histoires naturelles. Vraiment génial, ou histoire naturelle est pris au sens grec du terme, et ou l’auteur se livre a de petites enquêtes. Un livre de vulgarisation d’une rare perfection, ou les sources vont de Nature aux Histoires comme ça de Kipling.

Ah, et puis aussi, mais ça va intéresser nettement moins de monde, la famille (pardon, le genre) Lamellodiscus accueille encore une nouvelle espèce : L. theroni, en hommage à André Théron, directeur du CBETM.

Bref… bonne année à tous…